Le CRPMEM Nouvelle-Aquitaine défend les intérêts des professionnels de la filière pêche en Nouvelle-Aquitaine dans l’objectif d’assurer une pêche durable. A ce titre et en tant qu’expert des problématiques liées à l’exploitation des ressources du milieu marin et estuarien, il est amené à prendre position dans les divers débats qui intéressent l’opinion publique à l’échelle de la région.

 

Patrick LAFARGUE, ancien pêcheur à Capbreton pendant 30 ans et Président du Comité depuis 2012, répond ici aux questions qui lui sont souvent posées :

Patrick LAFARGUE, Président du CRPMEM Nouvelle-Aquitaine

Pollutions en mer

 

Les pêcheurs observent-ils des marques de pollutions en mer ?

Oui, le plastique principalement. Nous alertons depuis longtemps sur l’état de santé des eaux et des fonds. Savez-vous que même dans les abysses on trouve du plastique ? On sait que ce matériau met des dizaines d’années à se dégrader. Dans les estuaires, on est aussi confrontés aux problèmes de pollution par les produits chimiques. Ce sont globalement toutes les zones côtières qui sont impactées. C'est le lien terre-mer qui doit être particulièrement observé. Néanmoins, la "bonne nouvelle" est que la Nature possède une grande capacité de résistance et résilience face à la pollution.

 

Que faudrait-il faire pour agir sur ces phénomènes ?

Le plastique est drainé par les pluies et les crues dans les rivières, transporté par le vent, jusque dans les fleuves pour finir… en mer. Il faut changer les comportements à terre. Aujourd’hui, des efforts sont faits en amont. On voit un peu moins de plastiques en surface. Dans l'absolu, l'idée serait d'éliminer au maximum ce matériau, même si c’est compliqué. Il est donc nécessaire de solliciter encore et encore les pouvoirs publics pour qu'ils s’engagent sur le long terme.

A notre échelle, on peut miser sur la pédagogie. Oui, une partie de la solution à moyen et long termes se trouve probablement dans l’éducation des plus jeunes. Via toutes les solutions disponibles de nos jours, nous pourrions tous être exemplaire. Le monde maritime est déjà très engagé dans cette démarche, et notamment avec les scolaires. Et puis nous-mêmes, pêcheurs, devons continuer à remettre en question notre façon de travailler lorsqu'une nouvelle solution apparaît. Sachez que par exemple, depuis des années nous ramenons nos déchets à quai. 


« Certains amas de liga en mer peuvent atteindre la superficie d’un terrain de foot ! »

 

On entend de plus en plus parler du mucilage marin ou « liga », savez-vous ce que c’est ?

C’est une substance organique brunâtre qui s’accumule dans les eaux basques. Elle prend la forme d’une masse gélatineuse grasse et gluante dont la composition est encore mal connue. Elle prolifère en raison des rejets excessifs d'azote dans l'océan. C’est irritant pour la peau et quand les bateaux en rencontrent, on ne peut plus pêcher. Le problème s’aggrave d’année en année. Nous avons alerté les élus. Parfois, les surfaces s’étendent pour atteindre la superficie d’un terrain de foot. Le liga est visible en surface quand il fait chaud, mais on en trouve aussi dans toute la colonne d’eau et dans les grands fonds. C’est un phénomène très inquiétant.

Problématique du silure

 

Qu’est-ce que le silure et d’où vient-il ?

C’est une espèce de poisson invasive qui a été introduite dans les fleuves pour la pêche de loisir, car il est très combatif et peut devenir très gros. Certains silures atteignent des tailles et des poids records, plus de 2m40 et au-delà de 100kg. Il vit en eau douce, mais - et c’est inquiétant - certains pêcheurs commencent à en prendre en eau saumâtre. Il n’a pas de prédateurs connus, et se nourrit d’un très grand nombre de juvéniles de poissons. C’est un vrai problème pour des espèces fragiles, telles que les civelles. 

 

Que faut-il faire pour le réguler et limiter son expansion ?

Il y a pour l’instant une incompréhension entre les professionnels et les fédérations de pêche de loisir sur la gestion et l’exploitation qui doit être faite de ce poisson. Nous n’avons pas la même vision des choses. Il faudrait tout d’abord que les pêcheurs professionnels puissent le pêcher où et quand ils le souhaitent, pour limiter son développement et son impact sur les autres espèces. Le silure est là, il faut faire avec : on ne peut pas l’éradiquer mais on peut au moins le contenir. Pour la première fois, nous sommes autorisés à conduire une étude alors que le phénomène est visible depuis une dizaine d’années. Aujourd’hui, le silure commence à apparaître en eau saumâtre. Il est temps de se pencher sur la question ! La filière souhaite aussi le valoriser comme poisson de consommation. Les plus gros ne sont pas bons, mais les petits et les moyens sont parfaitement consommables.

Pêche du saumon

 

Comment réagissez-vous à l’interdiction de toute pêche dans le port de Bayonne ?

Nous avons pris acte de la décision du tribunal et respectons cette décision. J’ai moi-même pêché le saumon sur l’Adour il y a 35 ans. Nous étions alors près de quatre-vingt pêcheurs. A la demande du CIDPMEM 64-40, le nombre de licences est aujourd’hui gelé à 20 depuis 2016. La pression de pêche est bien moins importante et quoi qu’en disent les détracteurs, les objectifs de restauration du saumon sont en bonne voie. Depuis le milieu des années 1980, les marin-pêcheurs de l’Adour ont mis leur savoir-faire au service des scientifiques pour participer à la préservation de l’espèce. La règlementation est très stricte et tous les pêcheurs s’y plient. Nous demandons que cette interdiction soit levée, et qu’on estime les efforts faits par les pêcheurs.